Brillants secouristes…

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Massif du mont Blanc, 16 aout 2011, 20 h 50 : « Le soleil entame sa dernière course derrière la chaîne des Aravis : il illumine les flancs enneigés du mont Blanc, irise le col du Midi et vient se perdre sur l’arête de Rochefort. Derrière, sur le versant italien, c’est déjà le crépuscule et les lumières de Courmayeur s’allument peu à peu. A plus de 4000 mètres, le regard balaye l’arc alpin depuis les sommets du Valais jusqu’aux contreforts des Préalpes, au sillon du Léman et aux reliefs du Jura. Pour Patrick Guillout, le temps n’est plus à la contemplation, puisqu’il est partagé entre le plaisir d’observer ce coucher de soleil magnifique et la nécessité de se concentrer sur sa mission. Les lueurs du soleil couchant se reflètent dans le cockpit de l’hélicoptère et le gênent dans son approche vers la Dent du Géant.

L’hélicoptère contourne le monolithe de granit pour se porter sur le versant italien et l’itinéraire de descente. Un alpiniste est suspendu à l’extrémité de son rappel dans une zone surplombante, tête en bas,  à priori inconscient ».

Blaise Agresti. « in Extremis » . Editions Guérin. Seconde édition : mai 2012.

In Extremis-blog

Jamais je n’aurai imaginé une seconde, en ce printemps 2014, qu’en me plongeant dans la lecture de ce superbe ouvrage de la collection Guérin je trouverai LA réponse…, la réponse aux mystères qui enveloppaient jusqu’ici les clichés pour les moins improbables,… sinon « fantastiques », saisis 3 ans plus tôt à l’occasion d’une virée dans le massif.

          

Dans ce livre de référence, l’auteur, Blaise Agresti, retrace l’épopée du secours en montagne. De sa « naissance », issue d’un « fiasco » retentissant (affaire Vincendon et Henry – 1957), jusqu’aux problématiques actuelles (évolution des pratiques, des comportements,… concurrence entre services…), les récits et témoignages se succèdent pour décrire le métier, ses transformations au fil du temps, pour cerner les enjeux relatifs à chaque époque ou encore, pour mettre des images sur une profession vraiment singulière ou les drames côtoient les joies les plus inespérées.

Ajouté en 2012 en guise de « postface » (réédition enrichie de l’ouvrage original), le récit du secours dont j’ai été le témoin privilégié ce 16 aout 2011 prend toute sa place dans un chapitre intitulé « La part du risque »! Il illustre à la perfection comment les évolutions technologiques repoussent les possibilités d’interventions et à quel point ses acteurs (pilotes,secouristes, médecins) s’engagent pour mener à bien leur mission de secours aux personnes !

Extrait :  « Frédéric Amardeil se positionne à l’extrémité du câble et commence sa descente. La paroi est déversante : Patrick Guillout a du mal à stabiliser la machine et à approcher le secouriste au plus près de l’alpiniste pour le pêcher au vol. Après deux tentatives, l’opération apparait comme trop dangereuse à cause de l’instabilité due au vent, de la verticalité et de la pénombre qui s’accentue ». […] Le soleil a maintenant disparu de l’horizon, la nuit s’est installée. Il est 21h30. Il faut changer de tactique… » et pour moi, installé vers La Tête du Couvercle, de voir l’hélicoptère plonger vers la vallée, me laissant au milieu de la nuit avec mes interrogations…, et une image aussi étonnante qu’insolite !

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Initialement posté sur ce rognon rocheux pour photographier… les étoiles, pendant qu’Émilie qui m’accompagne pour cette virée claque des dents, cherchant le sommeil, emmitouflée dans « la saucisse* » (* c’est le surnom de son duvet d’alors, en référence à ses qualités thermiques (inexistantes) et à son incroyable ressemblance avec la spécialité strasbourgeoise de par sa couleur et sa texture)), je ne peux qu’essayer d’immortaliser les va-et-vient intrigants de l’hélicoptère tous projecteurs éclairés. Cadrage à la hâte et réglages « approximatifs » s’avèreront finalement bienheureux !

Blaise Agresti, dans son récit, décrit comment l’échec de la première tentative est analysée à la DZ. Une nouvelle stratégie se met en place : « L’option retenue est de déposer quatre secouristes au sommet de la Dent du géant, puis de réaliser une descente en rappel pour récupérer l’alpiniste et le déposer en bas de la paroi auprès du médecin préalablement positionné ». […] Patrick Guillot coiffe son casque et installe les jumelles de vision nocturne. Thierry Félix, le mécanicien, fait de même. Petit réglage : OK, tout est prêt. La machine peut-être mise en route ».

Dialogue (de sourds) entre le récit de l’auteur… et mes souvenirs :

B.A : « 22h20 : deux secouristes sont déposés au refuge du Requin pour alléger la machine ».

V.A (moi) : Encore!!! Mais qu’est-ce qui se passe? Aller…, l’hélico semble repartir vers la dent du géant. cadre « assez large » pour saisir le mouvement (78mm). Vérification rapide des réglages de tout à l’heure : mise au point sur l’infini : OK  /  F.4 : OK  /  Iso à 250 : ça devrait faire…/ Télécommande programmée pour 200 secondes de pose… Déclenche !

B.A : « Une rapide reconnaissance permet de définir l’angle d’approche. La lune est derrière l’appareil. Patrick repère les alpinistes dans la pénombre. Cette fois-ci, le choix est de déposer les secouristes au sommet. Il décide de treuiller sans jumelles […] le phare éclaire insuffisamment le sommet et l’aérologie ne permet pas de stabiliser l’appareil. Il faut donc remettre les jumelles et enfreindre le règlement qui sous JVN impose deux pilotes… Deuxième tentative : Patrick cherche une référence visuelle dans son fond d’écran vert et noir […] là, sous lui, la forme caractéristique d’une statue : « heureusement qu’il y avait la vierge », dira-t-il ensuite. Avec ce repère, il peut enfin essayer de maintenir la machine en stationnaire pour treuiller le premier secouriste. Les rafales de vent font monter la machine et la vierge s’éclipse dans les lentilles du pilote ».

VA : Plus de 2 minutes et 30 secondes déjà que le capteur enregistre! Pourvu, …pourvu que l’hélico ne sorte pas du cadrage…!

B.A : « Troisième tentative. Le repère visuel semble se stabiliser : le secouriste est enfin déposé au sommet de la dent du géant à proximité de cette vierge, finalement bienveillante… Le deuxième secouriste bénéficie de la même clémence et peut-être déposé sans encombre à côté de son camarade. Pour Patrick, c’est le soulagement. Il a quelques minutes pour se détendre les muscles et se reposer la rétine. La descente vers le refuge du Requin permet de souffler. Les deux autres secouristes sont embarqués, sans difficulté ».

V.A : (Au moment ou l’image s’affiche sur l’écran du boitier)! « Wouuhhhouuuu » (ben quoi, on a pas le droit d’être sensible??! 😉 ) :

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Il est déjà plus de 23h00 lorsque l’hélico repart pour une « tournée supplémentaire »! Impressionné par tant de moyens déployés, je m’interroge sur ce qui peut bien se passer par là-haut…! Entre questionnement et excitation…, je programme à nouveau une pose longue de plus de 3 minutes pour immortaliser le « spectacle ». Ce nouveau vol, plus « ciblé » au dessus du sommet, vise à déposer le troisième et le quatrième secouriste comme le détaille Blaise Agresti dans son récit : « Retour à la verticale de la Dent du Géant. Le champ visuel verdâtre et les ombres portées dans les jumelles ne facilitent pas l’estimation des distances. De nouveau, l’aérologie est instable. Cette cinquième présentation sera encore un échec. La sixième tentative n’augure rien de bien fameux. Ouf, la septième et la huitième tentative permettent de déposer le troisième et le quatrième secouriste ». Mission remplie …« in extremis »! Quant à moi, scrutant le compte à rebours de la télécommande, espérant que l’action se situe dans le cadrage (en pose longue, impossible de changer le cadrage pré-établi)… , je ne peux que me réjouir de voir l’obturateur se fermer pile au moment ou la machine s’apprête à quitter la scène : mission remplie … « in extrémis »!!! :

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Cette image est de loin la plus réussie de la série : trace laissée par hélicoptère esthétique et bien définie, à la verticale de la Dent, … filé d’étoiles dans un beau ciel bleu et limpide, arête de Rochefort idéalement éclairée par la lune !

Je l’avais proposée à une époque pour un concours, sous le nom de « brillants secouristes »…! Ce fut un flop absolu. Le côté surréaliste à du laisser penser davantage à un mauvais photo-montage… qu’au résultat surprenant d’une pose longue! (peut-être, aussi, ne suscite t-elle pas spécialement d’émotion, tout simplement).

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Depuis l’adolescence, je me suis toujours intéressé au secours en montagne, en simple observateur, ou au contact de proches exerçant… ou ayant exercé le métier (merci Serge de m’avoir offert, il y a bien longtemps, l’occasion de chausser les crampons pour la toute première fois…). Du coup, cet article résonne un peu comme un clin d’œil, comme un hommage à ces hommes et femmes qui associent passion de la montagne, grandes compétences professionnelles et secours aux personnes…!

Quant à moi de conclure, en observateur intéressé, … et de militer en faveur de ce modèle de ce secours en montagne (exemplaire à mes yeux), riche de plusieurs décennies d’histoire et d’expérience(s), … et d’espérer qu’il perdure tant il est malmené, parfois, par des enjeux politiques ou corporatistes à mille lieues de l’intérêt des victimes secourues! (ambiance « électrique » ces derniers temps dans certains départements, entre acteurs historiques (PGHM / CRS) et néo prétendants (SDIS / pompiers)), … et d’espérer, enfin, que ses principes fondateurs (équité, gratuité) ne s’effacent pas à la pensée simpliste, souvent « entendue », qui suggère qu’il suffirait de rendre payant ce service pour répondre « au problème » (surtout médiatique)  du secours en montagne, « vous savez, … cette organisation qui me coute si cher, à moi contribuable, et à l’État, pour secourir ces imprudents écervelés qui  font prendre tant de risques aux sauveteurs… » !

Merci à Blaise Agresti de m’avoir permis, grâce à son récit, de mettre une histoire sur ces images! Je ne saurai que trop vous recommander, si vous vous intéressez au sujet, de vous procurer ce superbe ouvrage très instructif et particulièrement bien documenté : « In Extremis ».

Plus ciblé dans le temps et dans l’espace, je vous conseille également le livre d’Anne Sauvy, écrivaine qui s’immerge dans l’intimité du PGHM de Chamonix le temps d’un été… : « Secours en montagne. Chronique d’un été ». Éditions Arthaud ». 1998.

Ici encore, un article récent à propos de la « réorganisation des secours », pour mieux cerner et comprendre les enjeux.., les différents (ou la difficile cohabitation), qui « opposent » acteurs historiques et pompiers : Montagne Magazine (mai 2014).

Enfin, vous pouvez toujours, si vous vous ennuyez, regarder d’autres photos de nuit prises lors de cette virée ou à d’autres occasions, sans le bruit de l’hélico cette fois-ci !!! : « La tête dans les étoiles ».

00 h 45 : Silence et quiétude s’installent à nouveau…

…/…

Quoi, il manque quelque chose???! Ah oui, la fin de l’histoire, … l’issue du secours!!??? :         … A chacun son mystère !

 

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