Dans les coulisses d’une image (2)

Pas très dynamique cette rubrique « actualités »!!! Plus de deux mois se sont déjà écoulés depuis le dernier article…, et rien de nouveau !

Bon, …il faut bien dire que depuis l’arrivé d’un petit garçon (Camille), le 5 décembre, les priorités ne sont plus les mêmes…! En même temps, ce début d’hiver n’est pas très réjouissant pour les photographes : températures élevées, neige sporadique, paysages lessivés par la pluie…et grisaille omniprésente : pas de quoi s’enthousiasmer !

Du coup, faute de nouveauté, …et pour satisfaire mes 2 (ou 3) lecteurs assidus morts d’impatience, le temps est venu de dévoiler les coulisses d’une nouvelle image, comme je l’avais fait en octobre avec « La ronde des pisseuses », en détaillant les subtilités qui se cachent derrière une photographie : C’est parti !

Dans les coulisses d’une image / Épisode 2 :

Ce début d’hiver 2014 ressemble à bien des égards à celui de 2009 ! Grande douceur, très peu de neige en moyenne montagne…, et des conditions qui ne donnent guère envie d’aller trainer les skis entre touffes d’herbes et taupinières…!

Faute de neige, ce 18 février 2009, c’est baskets au pieds que je me dirige vers les grottes de Pellebit pour tester quelques prises de vues…! Parti de Mensac, il me faut une bonne heure pour parvenir au pied des falaises qui abritent ces cavités. Je connais déjà le réseau supérieur, qui a vu la visite de centaines de « néo-spéléo-lycéens heureux » ( petit clin d’œil à vous tous les Sport Nat’ ), si bien qu’aujourd’hui, avide de découverte, je pars à la recherche des galeries inférieures…!

Un petit pas de « grimpouillette » dans des gradins herbeux et rocheux mène à l’entrée de la grotte. Passée une première arche, la galerie principale se divise en deux : à droite, le début d’un labyrinthe de ténébreuses galeries…, et quelques mètres sur la gauche, une superbe « fenêtre » suspendue, grande ouverte sur le Vercors et le Diois…!

« Au bon endroit / au bon moment : belle lumière du soir, je demande au sujet de prendre la pose, j’appuie sur le déclencheur… et hop, emballé c’est pesé » : belle image..! Article terminé !

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Article terminé…? Pas tout à fait! Comme je l’évoquais dans le premier épisode (Dans les coulisses d’une image (1)), les photographies cachent bien des subtilités…, et sont parfois le fruit de nombreux concours de circonstances. Celle-ci n’échappe pas à la règle…, et nombres de processus, tant à la prise de vue qu’au post-traitement, demeurent secrets pour le « simple » observateur…!

« Au bon endroit / au bon moment : belle lumière du soir, je demande au sujet de prendre la pose, j’appuie sur le déclencheur … et hop, emballé c’est pesé » disais-je ci-dessus! Mais ceux qui me connaissent l’auront compris, à la forme du tarin, que l’auteur et le sujet ne font qu’un !!!

Première subtilité donc, cette image est un autoportrait! Pas très compliqué à réaliser : cadrage et réglages à priori, boitier calé sur un caillou ou autre support, retardateur sélectionné, … et il ne me reste plus qu’a courir jusqu’à l’endroit prévu pour présenter mon meilleur profil 😉 ! Ce procédé, rudimentaire, marche très bien dans la plupart des cas. Mais ici, afin de ne pas précipiter la pose dans les 10 secondes qu’offre la plupart des retardateurs, j’ai préféré utiliser la télécommande qui procure plusieurs avantages. Premier avantage : laisser plus de temps pour s’installer à l’endroit désiré (une vingtaine de secondes pour ce cliché); deuxième avantage : programmer plusieurs déclenchements, sans revenir au boitier, pour figer différentes attitudes…! Enfin, pour palier l’absence de support naturel, un trépied a été installé au préalable au fond de la cavité pour fixer l’appareil.

Deuxième subtilité : La photo présentée couvre un champ plus grand… que celui qu’ offre mon objectif à la plus courte focale (17 mm)! Et ça, clairement, bien malin celui qui pourrait le deviner? En effet, la profondeur de la cavité n’est pas très importante : 5/6mètres tout au plus. Du coup, même contorsionné entre la paroi et le boitier, pour gagner le moindre centimètre de recul… (grâce à ma souplesse légendaire…), je n’étais pas en mesure de cadrer la belle lumière qui se reflétait sur les rochers, à droite de la grotte. La solution en images… :

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Les logiciels d’assemblages panoramiques font des merveilles! En quelques clics, il est possible d’assembler autant de photos que possible, pourvu qu’elles aient des points de liaison suffisamment marqués (recoupement). Il existe de nombreux logiciels gratuits pour effectuer des images panoramiques. J’utilise un logiciel (payant) particulièrement puissant (autopano-pro), qui permet de pousser très très loin les possibilités de créations panoramiques…, même si les fonctions automatiques sont souvent suffisantes (et remarquables).

Malgré la puissance du logiciel, l’image doit être « pensée » lors de la prise de vue. Ici, l’exposition manuelle permet d’assurer l’uniformité des réglages pour chaque prise de vue (mise au point, vitesse et ouverture). Une fois l’image du sujet prise avec retardateur…, il n’y a plus qu’à photographier le reste de la scène en s’assurant que les clichés se « recoupent » suffisamment ! Rien de plus frustrant, en rentrant à la maison, de voir que « la-photo-panoramique-du-siècle-que-l’on-a-imaginé-pendant-tout-le-retour-en-voiture-jusqu’à-la-maison » ne verra jamais le jour…., parce qu’il manque 1 millimètre de superposition entre 2 images!!! (comment ça, ça sent le vécu….??! (ok, peut-être pas la photo du siècle non plus!!!)). Enfin, même si l’ordinateur est capable de « corriger » des différences d’expositions entre 2 photos, rien ne vaut l’anticipation dans ce domaine en se donnant, dès la prise de vue, toutes les chances de réussir…! Presque toutes les images de la rubrique « Larger than live » sont réalisées grâce à ce procédé, comme celle présentée ci-dessous (entrée de la grotte inférieure de Pellebit. Panorama composé de 5 images. Photo réalisée à l’occasion d’une autre virée dans le secteur).

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Pour en revenir à la photographie décortiquée…, au delà de l’aspect technique, elle est aussi le fruit de circonstances très favorables. L’éclairage du soleil couchant, pour commencer, ne doit illuminer les parois de cette manière que quelques jours dans l’année. Lorsque les jours s’allongent, tout le « mur » de droite doit se trouver ensoleillé, supprimant l’ombre qui, ici, donne ce bel effet ovoïde à l’ensemble de la scène. Autre concours de circonstances, ce petit voile nuageux vers le Rhône qui participe à la coloration de la lumière (teinte écarlate), renforçant l’éclat d’un calcaire naturellement orangé, sans pour autant atténuer le bleu vif du ciel en altitude. Le contraste chromatique entre les couleurs froides (bleu) et chaude (rouge/orangé) est le bienvenu! Je tiens d’ailleurs a souligner que cette image n’a fait l’objet d’aucun traitement (ni accentuation des couleurs, du contraste, ou de quoi que ce soit : sans colorant ni conservateur !!!). Enfin, l’assemblage panoramique renforce ce superbe cadre naturel, en forme d’œuf, ce que ne permettent pas les prises de vues « classiques » comme en témoignent les autres clichés pris lors de cette sortie…:

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Bref, comme pour « La ronde des pisseuses », si la technique apporte la base du cliché,… le résultat est surtout le fruit d’un subtil mélange d’aléas… qui, se combinant de manière positive, donne ce cliché tout en couleur ! Subtil mélange d’aléas dis-je : un autre moyen de définir…. « la chance » !

Cette image est indéniablement l’une de mes favorites, … et pourtant, au retour à la maison ce 18 février 2009, je n’avais aucune conscience de ce que me réserverait le résultat après traitement…., si bien qu’en revenant de ma virée, lorsqu’on me demanda si j’avais fait de belles images…, un « bof » peu enthousiaste résonna comme seule réponse….!

Aller, je la remets, juste pour le plaisir…!

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PS : Je me rends compte en écrivant ces quelques lignes que contrairement à « La ronde des pisseuses », « humoristiquement » nommée ainsi en raison de son histoire, celle que je présente aujourd’hui n’a pas de petit nom ! Une idée, une suggestion : faites vos propositions !

C’est tout pour aujourd’hui…! En attendant le prochain article, qui je l’espère apportera quelques nouveautés…, je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2014, pleine de belles balades et de belles lumières…!

Vincent Astier  –  Regards d’en haut

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